“Are you recording ?”
En novembre 2025, sur ordre des autorités chinoises responsables du cyberespace, Blued et Finka ont disparu de l’App store. Il s’agit des principales applications de rencontres destinées aux personnes homosexuelles, vecteur privilégié pour développer sa vie sentimentale, amicale et sexuelle.
Un recul dans un pays où l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie et est légale. Le discours du régime, subtil, ne s’oppose pas ouvertement aux droits de la communauté LGBTQ. Alors, dans une Chine opaque et oppressante, traquée par ses millions de caméras, et où les traditions familiales pèsent de tout leur poids, Yan, Taro, Toddy, Sam et les autres font comme ils peuvent.
La nouvelle génération pointe son nez, en quête de liberté. En toile de fond : la nuit, ses bars interlopes et ses ténèbres propices au camouflage, aux confidences et à l’oubli. On ose y croire, on s’efforce d’y croire, on voudrait bien « vivre ». L’anonymat est de rigueur, on s’y plonge, l’étau semble se desserrer. On s’enivre, on s’offre, on s’abandonne. Puis on fait un pas en arrière. Une grille, réelle ou imaginaire, s’est subitement baissée, rattrapés par la réalité.
Certains s’échappent à Taïwan, pour la gay pride, là où on peut même se marier. Les plus téméraires enfileront un personnage, à leurs risques et périls. Ils tâcheront d’assumer, en rêvant malgré tout d’ailleurs. On se fait peu d’illusions. La Shanghai Pride est interdite en 2020, le centre LGBTQ de Pékin ferme ses portes en 2023 pour « force majeure », des bars sont contraints de mettre la clé sous la porte : la censure continue d’opérer. Alors on se tait, on s’exécute. Ou on s’exile.
Texte et photos : François Silvestre de Sacy