Andes industrielles, entre extraction et survie
Dans les environs de La Oroya, au Pérou, la pollution est si extrême qu’aucune végétation ne pousse à 20 kilomètres à la ronde.In the surroundings of La Oroya, Peru, pollution is so severe that no vegetation grows for 20 kilometers around.
Dans les vieux quartiers de La Oroya, une habitante étend son linge, alors que la pollution de la raffinerie voisine reste omniprésente. Pour limiter les effets toxiques sur la santé, de nombreuses familles déménagent vers les nouveaux quartiers plus éloignés du site industriel.In La Oroya’s old neighborhood, a woman hangs laundry while the nearby refinery continues to impact the environment. Many families have relocated to newer districts further from the industrial site in an effort to reduce toxic exposure.
Un enfant joue avec un camion de pompier dans le centre de La Oroya, au Pérou. Tous les enfants de la ville présentent un taux de plomb dans le sang jusqu’à trois fois supérieur aux limites recommandées par l’OMS, conséquence directe des émissions toxiques de la fonderie métallurgique voisine.A child plays with a toy fire truck in central La Oroya, Peru. All children in the city have blood lead levels up to three times higher than the limits recommended by the WHO — a direct consequence of toxic emissions from the nearby metallurgical refinery.
Chiara est née en bonne santé, avec la pleine possession de ses capacités motrices et mentales. À partir de l’âge de six ans, son état s’est progressivement détérioré. Diagnostiquée avec un handicap lié à une exposition chronique au plomb, elle a perdu l’usage de ses fonctions motrices et cognitives. Sur cette image, elle a treize ans et reçoit l’affection de son frère, dans la ville de La Oroya, au Pérou.Chiara was born healthy, with full physical and mental faculties. From the age of six, her condition began to deteriorate. Diagnosed with a disability linked to chronic lead exposure, she lost both her motor and cognitive abilities. In this photograph, at the age of thirteen, she is comforted by her brother, in the town of La Oroya, Peru.
Perchée à plus de 4 300 mètres d’altitude, Cerro de Pasco est la plus haute ville minière du monde. Construite autour d’une immense mine à ciel ouvert de près de deux kilomètres de diamètre, la ville est lentement grignotée par l’expansion du cratère. Plusieurs quartiers ont déjà été engloutis.Located at over 4,300 meters above sea level, Cerro de Pasco is the highest mining town in the world. Built around a vast open-pit mine nearly two kilometers wide, the city is slowly being consumed by the growing crater. Several neighborhoods have already disappeared.
Des adolescents jouent au volley-ball sur un terrain de béton à Cerro de Pasco, ville minière perchée à 4380 mètres d’altitude dans les Andes péruviennes. En arrière-plan, la silhouette industrielle de la mine de Cerro de Pasco rappelle l’omniprésence de l’extraction dans la vie quotidienne des habitants.Teenagers play volleyball on a concrete court in Cerro de Pasco, a mining town perched at 4,380 meters above sea level in the Peruvian Andes. In the background, the industrial silhouette of the Cerro de Pasco mine reflects the constant presence of mining in the everyday lives of locals.
Ouvriers sur un chantier routier à Cerro de Pasco, la plus haute ville minière du monde, perchée à 4 380 mètres d’altitude. Cette ville andine du Pérou est au cœur d’une zone d’extraction minière intensive, qui a fortement façonné son environnement et ses infrastructures. Ici, les ouvriers participent à la construction d’une nouvelle route dans un contexte difficile, entre pollution des sols et conditions climatiques extrêmes.Workers on a road construction site in Cerro de Pasco, the highest mining city in the world, perched at 4,380 meters above sea level. This Andean town in Peru lies at the heart of an intensive mining zone that has deeply shaped its environment and infrastructure. Here, the workers are building a new road in challenging conditions, amid soil pollution and extreme weather.
Un ouvrier du bâtiment, engagé sur un chantier d’école publique à proximité du complexe minier de La Oroya, observe la vallée environnante. L’industrie minière, bien que très polluante, constitue une source majeure de revenus pour l’État péruvien, permettant notamment le financement d’infrastructures scolaires dans les Andes centrales.A construction worker on a school site near the La Oroya mining complex looks out over the surrounding valley. Despite its heavy pollution, the mining industry remains a vital source of income for the Peruvian government, helping to fund public infrastructure such as schools in the central Andes.
Deux ouvriers de l’entreprise San Martin se dirigent vers le chantier de remise en état de la cimenterie d’Union Lutecia, dans les Andes péruviennes. Ce projet de réhabilitation vise à relancer une production locale, tout en atténuant l’impact environnemental hérité des décennies d’exploitation minière intensive.Two workers from the San Martin company walk toward the rehabilitation site of the Union Lutecia cement plant in the Peruvian Andes. This restoration project aims to revive local production while mitigating the environmental damage caused by decades of intensive mining activity.
Travailleur sur le chantier de réhabilitation de la cimenterie de Unión Lutecia, dans les Andes péruviennes. Un filet masque les installations industrielles, tandis que les travaux de reconstruction progressent manuellement. Cette cimenterie, longtemps à l’abandon, fait l’objet d’une remise en service progressive, soutenue par les autorités locales et des entreprises du secteur.Worker at the reconstruction site of the Unión Lutecia cement plant, in the Peruvian Andes. A net conceals the industrial structure in the background, while manual work continues. Long abandoned, the cement factory is now being gradually reactivated with support from local authorities and private sector companies.
Mineurs sur les hauteurs de Potosí, dans le Cerro Rico, montagne emblématique de l’Altiplano bolivien. Depuis le XVIᵉ siècle, cette région est au cœur d’une extraction argentifère massive initiée par les conquistadors, qui a alimenté l’économie coloniale au prix d’un labeur exténuant et d’innombrables vies perdues. Aujourd’hui encore, malgré l’épuisement progressif du filon et des conditions de travail toujours éprouvantes, les mineurs continuent d’exploiter les galeries héritées de cette histoire séculaire.Miners working on the slopes of Potosí’s Cerro Rico, the historic silver-rich mountain of the Bolivian Altiplano. Since the 16th century, this site has been intensively exploited by the Spanish colonial empire, whose wealth was built on extremely harsh and often deadly labor. Today, despite declining ore quality and challenging working conditions, miners still operate within galleries shaped by centuries of extraction and exploitation.
Enfant assis à la sortie d’une mine du Cerro Rico, à Potosí, où travaille son père. Depuis des générations, les familles vivent au rythme de l’extraction du minerai dans cette montagne emblématique de Bolivie, exploitée depuis l’époque coloniale pour son argent. Tandis que les mineurs poursuivent leur journée sous terre, les enfants grandissent au bord des pistes poussiéreuses, au contact direct d’un univers marqué par la dureté du travail et la précarité du quotidien.Child sitting near the entrance of a mine in Potosí’s Cerro Rico, where his father works. For generations, families have lived in the shadow of this mountain, exploited since colonial times for its silver. While miners continue their shifts underground, children grow up along the dusty tracks, in direct contact with a world shaped by harsh labor conditions and everyday vulnerability.
À la sortie d’une galerie du Cerro Rico à Potosí, une femme trie à la main les résidus miniers. Ces débris, rejetés par l’exploitation industrielle, sont parfois porteurs de fragments métalliques revendables. La montagne, exploitée depuis l’époque coloniale, continue de faire vivre une partie de la population locale, dans des conditions précaires.At the exit of a mining tunnel in Cerro Rico, Potosí, a woman manually sorts through mining debris. These tailings, discarded by industrial extraction, can still contain saleable metal fragments. The mountain, exploited since colonial times, continues to support part of the local population, often in precarious conditions.
Habitant assis au bord d’un lac asséché chargé en métaux lourds, près du village de San Miguel, dans les Andes péruviennes. Dans cette région marquée par l’activité minière, les bassins de décantation et les rejets industriels ont profondément contaminé les sols et les nappes superficielles. Les habitants observent impuissants l’avancée de la pollution, qui affecte l’eau, l’agriculture et la santé depuis plusieurs années, transformant ces paysages autrefois vivants en zones stériles où persiste la menace invisible de la toxicité.Resident sitting by a dried-up lake contaminated with heavy metals near the village of San Miguel, in the Peruvian Andes. In this mining region, tailing ponds and industrial waste have severely polluted the soil and surface water. Locals watch helplessly as contamination spreads, affecting water supplies, agriculture and public health, turning once fertile landscapes into barren grounds marked by the hidden threat of toxicity.
Paysans des hauts plateaux près de Cajamarca, dans les Andes péruviennes, rassemblés devant leur campement de fortune pour empêcher l’avancée des pelleteuses destinées à remodeler la montagne au profit d’un projet minier. Exposés au froid et à l’altitude, ils montent la garde nuit et jour afin de protéger leurs terres, leurs pâturages et leurs réserves d’eau menacés par l’exploitation industrielle. Cette résistance paysanne illustre les tensions persistantes dans la région, où les communautés rurales s’opposent à l’expansion de l’industrie extractive.Peasant farmers from the highlands near Cajamarca, in the Peruvian Andes, gathered by their makeshift camp to block the advance of bulldozers sent to reshape the mountain for a mining project. Exposed to cold and altitude, they keep watch day and night to defend their land, grazing areas and water sources threatened by industrial extraction. Their presence reflects ongoing tensions in the region, where rural communities continue to resist the expansion of mining operations.
Paysans mobilisés sur les crêtes andines près de Cajamarca pour surveiller les accès à la montagne et empêcher le déploiement d’engins de chantier liés à un projet minier controversé. Dans ce paysage spectaculaire, les communautés locales se relaient pour maintenir une présence continue face aux entreprises extractives, craignant la destruction des sources d’eau, des pâturages et de leur mode de vie. Cette mobilisation s’inscrit dans l’un des conflits socio-environnementaux les plus marquants du Pérou contemporain.Peasant farmers standing guard on an Andean ridge near Cajamarca, monitoring access routes to prevent heavy machinery linked to a controversial mining project from entering the area. In this dramatic landscape, local communities take turns maintaining a continuous presence to protect water sources, grazing land and their way of life. Their mobilisation is part of one of Peru’s most significant socio-environmental conflicts.
Un vieil homme assis en bord de route, devant les chariots métalliques de La Oroya, l’une des villes les plus polluées du monde. Située à 3 750 mètres d’altitude dans les Andes péruviennes, La Oroya a longtemps vécu au rythme de sa gigantesque fonderie de plomb, cuivre et zinc. Rachetée en 1997 par le groupe américain Doe Run, la raffinerie a cessé ses activités en 2009 à la suite d’un scandale environnemental et de la faillite de l’entreprise. Malgré des tentatives de relance, elle reste aujourd’hui fermée, tandis que la population continue de subir les séquelles d’un siècle de pollution.An old man sits along the roadside near metal carts in La Oroya, one of the world’s most polluted cities. Located at 3,750 meters in the Peruvian Andes, La Oroya revolved for decades around its massive lead, copper, and zinc smelter. Acquired in 1997 by U.S.-based Doe Run, the plant ceased operations in 2009 following a major environmental scandal and the company’s bankruptcy. Despite relaunch attempts, the refinery remains closed, while the town still bears the toxic legacy of a century of industrial activity.
Synopsis :
Des hauteurs de la Cordillère, entre Pérou et Bolivie, surgissent les cicatrices de l’industrie lourde.
À La Oroya, l’air est saturé de plomb. À Cerro de Pasco, la ville s’effondre au rythme de l’avancée de la mine. À Potosí, le Cerro Rico saigne depuis l’époque coloniale, drainant l’argent et les vies. Plus au sud, à Unión Lutecia, une cimenterie renaît, promesse d’emplois, espoir fragile.
Partout, les ouvriers bâtissent, extraient, réparent. L’économie nationale repose sur leurs épaules. Mais les terres meurent, les enfants s’empoisonnent, les familles migrent. Dans ce monde à la fois minéral et humain, certains se battent : associations, anciens mineurs et simples citoyens tentent de tracer une voie durable.
Cette série documentaire révèle la tension permanente entre croissance et santé publique, entre richesses du sous-sol et fragilité du vivant. Une plongée dans les Andes industrielles, entre extraction et survie.
Photographe et auteur : Ludovic Vauthier
Reportage complet disponible sur demande.