Le paradis perdu des États-Unis

À seulement deux heures de Los Angeles, la Salton Sea s’étend au cœur du désert californien comme le vestige d’un rêve américain effondré. Née accidentellement au début du XXᵉ siècle, cette mer intérieure (la plus grande des USA) est devenue une station balnéaire avant de sombrer dans un désastre écologique, piégée par la pollution agricole, l’évaporation et l’absence d’exutoire naturel.

Autour du lac, les villes se sont vidées à mesure que la vie aquatique disparaissait et que les sols asséchés libéraient des poussières toxiques. Pourtant, ce territoire abandonné concentre aujourd’hui des enjeux majeurs.

Déjà exploité pour son énergie géothermique, le sous-sol de la Salton Sea contiendrait, selon des études récentes, suffisamment de lithium pour couvrir jusqu’à 8 % des besoins mondiaux. Une ressource stratégique, essentielle à la transition énergétique et particulièrement convoitée par la Silicon Valley, située dans le même État.

Sur les rives, les signes d’un possible renouveau apparaissent. À Bombay Beach, l’art a transformé la plage en musée à ciel ouvert. À Slab City, une communauté hors réseau poursuit une existence en marge. À Salton City enfin, un dispositif de bottes de paille installé sur des kilomètres de rivage permet de filtrer naturellement l’air et de fixer les sols, réduisant les odeurs et rendant le territoire à nouveau habitable.

Entre catastrophe écologique, enjeux industriels et solutions simples fondées sur la nature, la Salton Sea incarne l’espoir fragile d’un paradis perdu qui refuse de disparaître.

Texte et photos : Fred Marie

 
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